Le carcinome épidermoïde cutané, autrefois appelé carcinome spinocellulaire, est le deuxième cancer de la peau par sa fréquence : il représente environ 20 % des cancers cutanés. Plus agressif que le carcinome basocellulaire, il peut envahir les tissus en profondeur et, dans une minorité de cas, atteindre les ganglions ou d’autres organes ; il se développe souvent sur une peau abîmée par le soleil ou sur une lésion précancéreuse. Sa chirurgie précoce, avec une marge large, est le traitement de première intention et guérit la plupart des patients. Le Dr Binder, chirurgien plasticien, en assure l’exérèse et la réparation, en ambulatoire, à la Clinique Les Martinets, à Rueil-Malmaison, et à l’Institut Curie, à Paris ; il reçoit les patients des Hauts-de-Seine et de l’ouest parisien, de Nanterre à Saint-Germain-en-Laye. Cette page reprend les mises au point 2025 de la Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique.
En bref
- Fréquence deuxième cancer de la peau, surtout après 60 ans
- Causes soleil cumulé, lésions précancéreuses, immunodépression, tabac
- Diagnostic examen clinique, biopsie ou exérèse analysée
- Traitement exérèse chirurgicale à marge large, le plus tôt possible
- Anesthésie locale, générale pour les formes étendues
- Bilan examen des ganglions, échographie si nécessaire
- Concertation formes à risque enregistrées en réunion pluridisciplinaire, Institut Curie ou téléRCP d’oncodermatologie
- Surveillance tous les 3 à 6 mois pendant 5 ans, puis annuelle
- Prise en charge oui, affection de longue durée
Reconnaître un carcinome épidermoïde

Il apparaît le plus souvent après 60 ans, trois fois plus souvent chez l’homme, sur les zones exposées au soleil : visage, lèvre inférieure, oreilles, cuir chevelu dégarni, cou, dos des mains, avant-bras et jambes. Il se présente comme une papule ou un nodule dur, rosé, bourgeonnant, croûteux ou surmonté d’une corne, à base indurée, qui grossit en quelques semaines ou mois, puis se creuse et saigne facilement. Toute lésion de ce type, et toute plaque rugueuse qui s’épaissit ou devient douloureuse, doit être examinée rapidement. Le diagnostic est confirmé par l’analyse au microscope d’une biopsie ou de la lésion retirée en totalité.
Deux lésions voisines méritent d’être connues. Le kératoacanthome, tumeur en cratère à croissance très rapide, ne se distingue d’un carcinome épidermoïde qu’à l’examen de la totalité de la lésion : il est retiré avec les mêmes marges qu’un carcinome de bon pronostic. Le fibroxanthome atypique, nodule de la tête ou du cou de l’homme âgé, est un sarcome cutané rare reconnu par des immunomarquages ; il relève d’une exérèse à marges larges ou d’une chirurgie de Mohs, sans radiothérapie, et les sarcomes se traitent au cas par cas en centre spécialisé.
Kératose actinique et maladie de Bowen, les précurseurs
Le carcinome épidermoïde naît très souvent d’une lésion précancéreuse. La kératose actinique est une plaque rugueuse, rosée ou brunâtre, des zones exposées au soleil ; sur une peau très abîmée, ces plaques se multiplient et forment un « champ de cancérisation ». On estime que 3 à 5 % d’entre elles évoluent vers un carcinome infiltrant. La maladie de Bowen est un carcinome épidermoïde in situ, encore confiné à l’épiderme : plaque rouge, squameuse et bien limitée, qui s’étend lentement. Les deux se traitent par le froid, des crèmes ou la photothérapie dynamique après vérification du diagnostic, ou par une exérèse avec une marge de 5 millimètres pour la maladie de Bowen ; leur traitement prévient l’apparition de nouveaux cancers.
Les facteurs de risque
- La dose de soleil reçue au cours de la vie, naturelle ou en cabine, chez les personnes à peau claire ; l’incidence augmente nettement avec l’âge.
- L’immunodépression : les personnes transplantées d’organe, atteintes du VIH ou d’une maladie du sang sont particulièrement exposées, et certains médicaments immunosuppresseurs ou biothérapies accroissent le risque.
- Les peaux pathologiques : cicatrices de brûlure, ulcères chroniques, zones irradiées, lichen, lupus cutané.
- Le tabac, l’arsenic, les radiations et certains papillomavirus, en particulier pour les lésions des muqueuses, des ongles et de la région génitale.
- De rares maladies génétiques, comme le xeroderma pigmentosum ou l’albinisme.
Les critères de haut risque et le bilan
Les référentiels 2025 distinguent deux groupes. Le carcinome épidermoïde est de mauvais pronostic, ou « groupe 2 », en présence d’un seul de ces critères :
- siège à risque : cuir chevelu, zones autour des orifices du visage, lèvre, oreille, muqueuses, peau pathologique ;
- taille supérieure à 2 centimètres sur le corps ou à 1 centimètre sur la tête et le cou ;
- épaisseur supérieure à 3 millimètres, adhérence au plan profond, atteinte des nerfs, de l’os ou des vaisseaux à l’analyse ;
- tumeur peu différenciée ou de type particulier (desmoplastique, acantholytique, mucoépidermoïde) ;
- récidive, croissance rapide, immunodépression.
Sans critère de mauvais pronostic, le risque de récidive ou de métastase est très faible et aucune imagerie n’est nécessaire. En présence d’un critère, une échographie des ganglions du territoire de drainage est réalisée ; un scanner, une IRM ou une TEP sont demandés selon le siège et les signes d’appel. Le stade va de I, tumeur de moins de 2 centimètres, à IV, atteinte de plusieurs ganglions ou métastase à distance. Environ 2 % des carcinomes de la peau et 20 % de ceux des muqueuses atteignent les ganglions.
La consultation et le devis

La consultation examine la lésion, l’ensemble de la peau et les ganglions des territoires voisins, puis fixe la marge, le mode d’anesthésie et la réparation. Les carcinomes à risque élevé de récidive ou de métastase sont enregistrés en réunion de concertation pluridisciplinaire, à l’Institut Curie ou par la téléRCP d’oncodermatologie d’Île-de-France ouverte aux praticiens libéraux ; le patient en est informé. Le devis et la fiche d’information de la Société française de chirurgie plastique sont remis. Un traitement anticoagulant doit être signalé, l’aspirine arrêtée dix jours avant, le tabac un mois avant et jusqu’à cicatrisation, car il freine la cicatrisation et favorise lui-même ce cancer. Une consultation d’anesthésie est obligatoire dès qu’une sédation ou une anesthésie générale est prévue : voir Anesthésie et Consignes préopératoires.
L’intervention et les marges
La chirurgie doit être réalisée sans délai : la tumeur est retirée avec une marge de peau saine de 5 millimètres pour les formes sans critère de mauvais pronostic, portée à 6 à 10 millimètres en présence d’un critère, selon le référentiel 2025, et dans toute l’épaisseur jusqu’au plan profond, aponévrose, périchondre ou périoste. Pour les formes de mauvais pronostic, les recommandations européennes proposent en première intention une chirurgie micrographique de Mohs, qui analyse la totalité des marges avant la réparation ; à défaut, une exérèse en deux temps avec contrôle des berges par l’anatomopathologiste en tient lieu. L’anesthésie est locale ou générale selon l’étendue ; toutes les exérèses cutanées sont réalisées en ambulatoire.
La pièce, orientée, est analysée au laboratoire : l’analyse confirme le diagnostic, mesure l’épaisseur, précise la différenciation, recherche une atteinte des nerfs ou des vaisseaux et vérifie les marges ; une reprise est réalisée si elles sont insuffisantes. Pour les lésions mal limitées, la réparation est différée de quelques jours, le temps de l’analyse.
Ganglion sentinelle et curage
Le premier ganglion qui draine la tumeur, dit sentinelle, renseigne sur l’état de l’ensemble du territoire : s’il est indemne, les autres ganglions le sont dans la très grande majorité des cas. Dans le carcinome épidermoïde, sa recherche n’est pas systématique : elle peut être proposée, après discussion collégiale, pour les formes épaisses ou à haut risque sans ganglion palpable. Le geste est réalisé au cours de la même anesthésie, après injection d’un traceur.
Lorsqu’un ganglion est atteint à l’examen ou à l’échographie, le traitement est le curage ganglionnaire du territoire, cou, aisselle ou aine, que le Dr Binder pratique ; une radiothérapie complémentaire sur la zone opérée est ensuite discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire. Le curage expose au lymphœdème du membre, bien plus fréquent qu’après un simple ganglion sentinelle, d’où l’intérêt d’un diagnostic précoce.
Les autres traitements
La radiothérapie est proposée lorsque la chirurgie n’est pas possible, en complément après une exérèse à marges limites ou en présence de critères de mauvais pronostic, et après un curage. Les formes localement avancées inopérables ou métastatiques relèvent d’un traitement médical décidé en réunion pluridisciplinaire avec l’oncologue : l’immunothérapie, qui lève le frein exercé par la tumeur sur les défenses immunitaires, a remplacé la chimiothérapie en première ligne, avec une réponse durable chez 40 à 50 % des patients et une tolérance plus favorable. La chimiothérapie et les thérapies ciblées restent une option en cas d’échec, et des stratégies d’immunothérapie avant ou après la chirurgie sont en cours d’évaluation. Chez les personnes immunodéprimées, le traitement des formes avancées est toujours discuté collégialement.
La réparation
La perte de substance est refermée par une suture directe dans les plis naturels lorsque la peau est souple. Sur le nez, l’oreille, la lèvre, le cuir chevelu ou la jambe, le Dr Binder reconstruit par une greffe de peau ou par un lambeau de peau voisine, choisi selon le siège, la taille et la qualité de cicatrice attendue. Sur la lèvre inférieure, siège fréquent, l’exérèse en V et la suture plan par plan respectent le muscle et la ligne du vermillon. Après une exérèse en deux temps, la réparation attend la confirmation de marges saines. Une cicatrice qui reste visible peut être améliorée plus tard, voir Correction de cicatrices.
Les suites
- Douleurs modérées, calmées par du paracétamol ; pansement quelques jours ; gonflement et petits bleus habituels les premières 48 heures.
- Fils retirés à 5-10 jours selon le siège ; stéristrips ensuite. Greffe de peau : pansement laissé en place cinq à sept jours.
- Reprise de l’activité en un à trois jours, une à deux semaines après une greffe ou un lambeau, plus longtemps après un curage.
- Résultat de l’analyse communiqué en consultation sous deux à trois semaines, avec la suite de la prise en charge.
- Protection solaire stricte et définitive.
Les risques et complications
- hématome, infection, retard de cicatrisation, surtout sur les jambes et chez les fumeurs ;
- cicatrice visible, élargie ou pigmentée ; perte partielle d’une greffe ;
- marges insuffisantes imposant une reprise ;
- lymphœdème, raideur ou troubles de la sensibilité après un curage ;
- récidive locale, évaluée globalement à 7 %, ou atteinte ganglionnaire, plus fréquentes pour les tumeurs épaisses, de la lèvre ou de l’oreille, et chez les immunodéprimés, d’où une surveillance rapprochée ;
- apparition d’autres carcinomes sur la peau abîmée par le soleil.
Le résultat, le suivi et la prévention
Traité tôt, le carcinome épidermoïde guérit dans la grande majorité des cas par la seule chirurgie. Le risque de récidive est le plus élevé dans les deux à trois premières années : la surveillance clinique de la cicatrice, de la peau et des ganglions est organisée tous les trois à six mois pendant cinq ans, puis chaque année, en lien avec le dermatologue, avec une échographie des territoires de drainage pour les formes de mauvais pronostic. L’auto-examen de la peau et des ganglions entre les consultations est enseigné. Les kératoses actiniques voisines sont traitées pour prévenir de nouveaux cancers, et la protection solaire devient définitive : vêtements couvrants, chapeau, écran d’indice 30 à 50 dès que l’index UV dépasse 3. Lire : Protéger sa peau du soleil.
Tarif et prise en charge
Le traitement du carcinome épidermoïde est pris en charge par l’Assurance maladie au titre de l’affection de longue durée. Le Dr Binder exerce en secteur 2 : seuls les dépassements d’honoraires restent à la charge du patient ou de sa mutuelle, annoncés sur devis avant l’intervention. Voir les pages Tarifs et Droits du patient.
Questions fréquentes
Quelle différence avec le carcinome basocellulaire ?
Le basocellulaire ne donne pas de métastase et évolue lentement ; l’épidermoïde grossit plus vite et peut atteindre les ganglions, d’où une marge plus large, un bilan et une surveillance plus rapprochée.
Qu’est-ce qu’une kératose actinique ?
Une plaque rugueuse, rosée ou brunâtre, sur les zones exposées au soleil, qui est une lésion précancéreuse : 3 à 5 % d’entre elles évoluent vers un carcinome épidermoïde. Elles se traitent par le froid, des crèmes ou la photothérapie dynamique.
Faut-il un bilan ?
Un examen des ganglions est systématique. Une échographie des territoires de drainage est demandée dès qu’un critère de mauvais pronostic est présent ; un scanner, une IRM ou une TEP selon le siège et les signes d’appel.
Pourquoi opérer vite ?
Parce que la tumeur grossit en quelques semaines, et que sa taille et son épaisseur sont les principaux critères de pronostic : plus elle est retirée tôt, plus la marge est simple à obtenir, la réparation discrète et le risque ganglionnaire faible.
Je suis transplanté : que change cela ?
Le risque de carcinome épidermoïde est très augmenté et les tumeurs sont plus agressives : l’immunodépression est en soi un critère de mauvais pronostic, la marge est élargie, le dossier est enregistré en concertation et la surveillance est rapprochée, en lien avec l’équipe de transplantation.
Le ganglion sentinelle est-il systématique ?
Non. Il peut être proposé après discussion collégiale pour les formes épaisses ou à haut risque sans ganglion palpable. En cas de ganglion atteint, le traitement est le curage, éventuellement suivi d’une radiothérapie.
Quelle anesthésie et quelle hospitalisation ?
Une anesthésie locale suffit pour la plupart des exérèses ; une anesthésie générale est retenue pour les formes étendues, les lambeaux importants, le ganglion sentinelle et le curage. Toutes les exérèses cutanées se font en ambulatoire ; un curage peut justifier une courte hospitalisation.
Et si les marges ne sont pas saines ?
Une reprise retire une bande de tissu supplémentaire à l’endroit repéré sur la pièce orientée ; lorsque la marge ne peut pas être élargie, une radiothérapie complémentaire est discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire.
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Références
Référentiels 2025 de la Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique :
- Guégan S. Carcinome épidermoïde cutané. Ann Chir Plast Esthet 2025;70:457-460. doi:10.1016/j.anplas.2025.05.005
- Chanal J. Chirurgie micrographique de Mohs. Ann Chir Plast Esthet 2025;70:490-493. doi:10.1016/j.anplas.2025.05.020
- Ollivaud Ortoli L. Prise en charge des cancers cutanés et réunions de concertation pluridisciplinaire libérales. Ann Chir Plast Esthet 2025;70:494-499. doi:10.1016/j.anplas.2025.06.001
Recommandations et publications françaises :
- Hennequin C, Rio E, Quéro L, Clavère P. Radiation therapy of cutaneous cancers. Cancer Radiother 2022;26(1-2):397-403. doi:10.1016/j.canrad.2021.11.020
- Reygagne P, Rostain G. Au-delà des kératoses actiniques, le champ de cancérisation cutané. Ann Dermatol Venereol 2018;145(10):587-592. doi:10.1016/j.annder.2018.06.009
Publications internationales :
- Wehner MR. Keratinocyte Carcinoma: A Review. JAMA 2026;335(1):70-81. doi:10.1001/jama.2025.18749
- Fraga SD, Besaw RJ, Murad F, Schmults CD, Waldman A. Complete Margin Assessment Versus Sectional Assessment in Surgically Excised High-Risk Keratinocyte Carcinomas: A Systematic Review and Meta-Analysis. Dermatol Surg 2022;48(7):704-710. doi:10.1097/DSS.0000000000003462
- Kim Y, Lehrer EJ, Wirth PJ, Khesroh EA, Brewer JD, Billingsley EM, et al. Adjuvant radiotherapy may not significantly change outcomes in high-risk cutaneous squamous cell carcinomas with clear surgical margins: A systematic review and meta-analysis. J Am Acad Dermatol 2022;86(6):1246-1257. doi:10.1016/j.jaad.2021.11.059

