Le diastasis des grands droits est l’écartement des deux muscles verticaux de l’abdomen, ceux qui dessinent les « tablettes ». Il apparaît surtout pendant la grossesse, quand l’utérus distend la paroi, et ne se referme pas toujours après l’accouchement : le ventre reste bombé, parfois même chez une femme mince et sportive, et une hernie du nombril peut s’y associer. La rééducation est toujours le premier traitement. Lorsqu’elle ne suffit pas, et surtout lorsque la peau du ventre est aussi distendue, la chirurgie rapproche les muscles par une suture, le plus souvent au cours d’une abdominoplastie ou d’une mini-abdominoplastie. Le Dr Jean-Philippe Binder, chirurgien plasticien, chef du service de chirurgie plastique et reconstructrice de l’Institut Curie, réalise cette intervention à la Clinique Les Martinets, à Rueil-Malmaison, où il reçoit les patientes de l’ouest parisien, de Puteaux à Saint-Cloud. Cette page explique le diagnostic, la place de la rééducation, la technique et les suites.
En bref
- Quoi écartement des muscles grands droits, le plus souvent après une ou plusieurs grossesses
- D’abord rééducation abdominale et périnéale avec un kinésithérapeute
- Chirurgie plicature des grands droits, au cours d’une abdominoplastie ou d’une mini-abdominoplastie
- Anesthésie générale, parfois rachianesthésie ; 1 h 30 à 3 heures
- Hospitalisation 1 à 3 nuits
- Arrêt d’activité 15 jours à 1 mois ; sport après 2 mois ; charges lourdes et abdominaux après 3 mois
- Résultat à 3-6 mois, cicatrice à 12 mois
- Prise en charge en général non ; possible pour un tablier abdominal ou une hernie, après examen du dossier
À qui s’adresse la cure de diastasis ?
Aux femmes qui, après une ou plusieurs grossesses, gardent un ventre bombé malgré un poids revenu à la normale et une rééducation bien conduite, et chez qui l’examen confirme un écartement des muscles grands droits. Le plus souvent, la peau du ventre est elle aussi distendue ou vergeturée, et la cure du diastasis fait partie d’une abdominoplastie. Il faut un poids stable, l’absence de projet de grossesse, un arrêt complet du tabac et des attentes réalistes. Le diastasis se voit aussi chez l’homme, après une prise de poids importante ou un amaigrissement massif ; il relève des mêmes principes.
Qu’est-ce que le diastasis des grands droits ?
Les deux muscles grands droits courent verticalement de part et d’autre du nombril, du bas du sternum au pubis. Ils sont réunis sur la ligne médiane par une bande fibreuse, la ligne blanche. Lorsque cette ligne s’élargit et se distend, les muscles s’écartent : c’est le diastasis. Les muscles eux-mêmes sont normaux, mais la paroi, privée de son sanglage central, laisse le contenu de l’abdomen pousser vers l’avant.
Le diastasis se manifeste par un ventre qui bombe, surtout autour et au-dessus du nombril, plus marqué en fin de journée ou après un repas, et par un bourrelet qui saille au milieu du ventre lorsqu’on se relève de la position couchée. Certaines femmes décrivent une sensation de faiblesse de la sangle abdominale ou des douleurs du dos, sans que le lien avec le diastasis soit toujours établi.
Le diastasis après une grossesse
Pendant la grossesse, l’écartement des grands droits est physiologique : il permet à l’utérus de se développer. Il se réduit le plus souvent dans les mois qui suivent l’accouchement. Il persiste plus volontiers après des grossesses rapprochées, multiples ou avec un gros bébé, et lorsque la peau et les muscles étaient déjà peu toniques. Il s’associe souvent aux autres séquelles de la grossesse, peau distendue sous le nombril, vergetures, cicatrice de césarienne, seins vidés, que la page Chirurgie après grossesse décrit dans leur ensemble.
Le diagnostic : examen et échographie
Le diagnostic est clinique. Allongée sur le dos, genoux pliés, la patiente relève légèrement la tête et les épaules : le médecin sent alors, au-dessus et au-dessous du nombril, l’espace entre les bords des deux muscles et mesure sa largeur en travers de doigts. Il recherche une hernie du nombril ou de la ligne blanche, apprécie la peau, la graisse sous la peau et la graisse à l’intérieur de l’abdomen, qui fait aussi bomber le ventre mais ne se corrige pas par la chirurgie.
Une échographie de la paroi abdominale précise l’écartement à plusieurs hauteurs et recherche une hernie de petite taille, non palpable. Un écartement de plus de deux centimètres environ est en général considéré comme un diastasis. Un scanner n’est demandé qu’en cas de hernie volumineuse ou d’antécédent de chirurgie de la paroi.
D’abord la rééducation
La rééducation est le premier traitement du diastasis, et elle précède toujours la chirurgie. Elle commence par la rééducation du périnée prescrite après l’accouchement, puis se poursuit par un travail de la sangle abdominale profonde avec un kinésithérapeute formé : exercices de respiration, de gainage et de contraction du muscle transverse, méthodes dites hypopressives. Les exercices qui font bomber le ventre, comme les relevés de buste classiques, sont en général déconseillés pendant cette période.
Menée pendant plusieurs mois, elle réduit souvent un diastasis modéré et améliore toujours la tenue du ventre et le confort. Elle ne referme pas un écartement important et n’agit pas sur la peau distendue : c’est à ce stade que la chirurgie se discute, en général au moins un an après le dernier accouchement et après la fin de l’allaitement.
La consultation et le devis

La consultation fait le point sur les grossesses, la rééducation suivie, le poids, le tabac et les antécédents de phlébite ou de chirurgie abdominale. L’examen apprécie l’excès de peau, la graisse, l’écartement des muscles et une éventuelle hernie, et permet de choisir entre abdominoplastie complète, mini-abdominoplastie ou, si seule la graisse est en cause, lipoaspiration. Lire : Choisir entre plastie, mini-plastie ou lipoaspiration abdominale.
Le devis et la fiche d’information de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique sont remis, avec un délai de réflexion de quinze jours. Avant l’opération : consultation d’anesthésie au moins 72 heures avant, bilan sanguin, échographie de la paroi, arrêt complet du tabac un mois avant et jusqu’à cicatrisation, arrêt éventuel de la contraception orale, achat de la gaine et des bas de contention. Lire les consignes préopératoires.
La chirurgie : la plicature des grands droits
Le principe est simple : rapprocher les bords internes des deux muscles grands droits sur la ligne médiane, par une suture solide de leur enveloppe, la gaine, sans ouvrir l’abdomen. Cette suture, appelée plicature, s’étend en général du bas du sternum au pubis. Elle resserre la taille et aplatit le ventre, en particulier au-dessus du nombril. Le fil utilisé est solide et non résorbable.
Au cours d’une abdominoplastie
C’est la situation la plus fréquente. La peau et la graisse en excès entre le nombril et le pubis sont retirées ; la peau du haut du ventre est décollée jusqu’au sternum, ce qui donne accès à toute la hauteur des muscles ; la plicature est réalisée, puis la peau est redrapée vers le bas et le nombril, conservé, est ressorti à travers une petite incision. La cicatrice horizontale, au-dessus du pubis, est placée pour être cachée par les sous-vêtements.
Au cours d’une mini-abdominoplastie
Lorsque l’excès de peau est limité au-dessous du nombril, une mini-abdominoplastie, à cicatrice plus courte et sans déplacement du nombril, permet de traiter le diastasis sous le nombril. Un diastasis qui s’étend au-dessus demande un décollement plus haut, voire une abdominoplastie complète.
Une lipoaspiration des flancs ou des hanches peut compléter le geste. Lorsque la peau est de bonne qualité et sans excès, d’autres voies d’abord à cicatrice plus courte existent ; elles se discutent au cas par cas.
La hernie ombilicale associée
Une hernie du nombril, petite tuméfaction qui saille à l’effort ou à la toux, accompagne souvent le diastasis. Elle est réparée dans le même temps : le sac de la hernie est refoulé, l’orifice fermé par des points solides, puis la plicature renforce l’ensemble. Une hernie de grande taille peut justifier un renfort par une prothèse de paroi, posée avec un chirurgien viscéral si nécessaire.
L’intervention, l’anesthésie et l’hospitalisation
Sous anesthésie générale, parfois rachianesthésie, l’intervention dure d’une heure et demie à trois heures selon les gestes associés. Un ou deux drains et un pansement modelant sont mis en place, avec une gaine abdominale. L’hospitalisation est de une à trois nuits. La plicature rend les premiers jours plus inconfortables qu’une abdominoplastie sans geste musculaire. Lire la page Anesthésie.
Les suites et la convalescence
- Douleurs des premiers jours, à type de tension et de courbatures des abdominaux, avec une gêne à l’inspiration profonde, calmées par les antalgiques prescrits.
- Marche légèrement penchée en avant pendant une à deux semaines ; lever précoce dès le lendemain.
- Drains retirés avant la sortie ; fils résorbables ; pansements pendant une quinzaine de jours.
- Gaine abdominale jour et nuit pendant six semaines à deux mois ; bas de contention et anticoagulants les premiers jours.
- Gonflement et bleus pendant plusieurs semaines.
- Arrêt de travail de quinze jours à un mois ; pas de port de charges pendant deux mois.
- Cicatrice protégée du soleil pendant un an.
Le sport après l’intervention
La marche est encouragée dès les premiers jours. Le sport est repris après deux mois, progressivement, en commençant par la marche rapide, le vélo d’appartement et la natation une fois la cicatrice fermée. Le travail des abdominaux reprend en dernier, par le gainage et les exercices de sangle profonde, avec le kinésithérapeute si besoin. Les efforts violents en poussée, le port de charges lourdes et les relevés de buste sont repris après trois mois. Une bonne sangle abdominale entretenue protège la suture à long terme.
Les risques et complications
L’abdominoplastie avec cure de diastasis est une intervention lourde, avec les risques de toute chirurgie et ceux de l’anesthésie.
- phlébite et embolie pulmonaire, la complication la plus grave, prévenue par anticoagulants, bas de contention et lever précoce ;
- hématome, pouvant imposer une évacuation ; épanchement de lymphe à partir du huitième jour, à ponctionner parfois ;
- infection, rare ;
- nécrose de la peau au-dessus du pubis, nettement favorisée par le tabac et l’obésité ;
- cicatrice élargie, épaissie ou asymétrique, pouvant justifier une retouche après un an ;
- diminution de la sensibilité de la peau sous le nombril, qui régresse en trois à douze mois ;
- récidive partielle du diastasis, en particulier après une nouvelle grossesse ou une prise de poids ;
- très exceptionnellement, perforation digestive, rapportée lors des cures de diastasis ou de hernie.
Le résultat
Le ventre est plus plat et la taille plus marquée dès la fin de l’intervention, mais le résultat ne s’apprécie qu’après trois à six mois, une fois le gonflement résorbé ; la cicatrice met un an à s’estomper. Le résultat est durable à condition de garder un poids stable. Une nouvelle grossesse peut écarter de nouveau les muscles : il est donc conseillé d’avoir terminé ses grossesses avant l’intervention.
Tarif et prise en charge
La cure de diastasis réalisée au cours d’une abdominoplastie esthétique n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie. La fiche de la SOFCPRE prévoit une participation pour une plastie abdominale étendue dans certains cas, notamment un tablier abdominal recouvrant le pubis, après entente préalable, et l’exclut pour les plasties localisées. La réparation d’une hernie ombilicale associée et la cure isolée d’un diastasis important peuvent relever d’une prise en charge. Le Dr Binder exerce en secteur 2 ; le devis est remis en consultation. Voir les pages Tarifs et Droits du patient.
Questions fréquentes
Comment savoir si j’ai un diastasis ?
Allongée sur le dos, genoux pliés, relevez légèrement la tête : si un bourrelet saille au milieu du ventre ou si vos doigts s’enfoncent entre deux reliefs musculaires au-dessus du nombril, un diastasis est probable. Seuls l’examen médical et l’échographie permettent d’en mesurer l’importance et de rechercher une hernie.
La rééducation peut-elle suffire ?
Souvent, pour un diastasis modéré. Un travail de la sangle profonde avec un kinésithérapeute, après la rééducation du périnée, réduit l’écartement et améliore la tenue du ventre. Elle ne referme pas un écartement important et n’agit pas sur la peau distendue : la chirurgie se discute alors.
Combien de temps attendre après l’accouchement ?
Il faut laisser le temps au corps de récupérer, mener la rééducation à son terme, avoir arrêté l’allaitement et retrouvé un poids stable. En pratique, l’intervention a rarement lieu avant un an après la naissance. Opérer trop tôt expose à traiter une paroi qui n’a pas fini d’évoluer.
Peut-on opérer le diastasis sans abdominoplastie ?
Lorsque la peau est tonique et sans excès, une réparation isolée des muscles peut se discuter, par des voies d’abord à cicatrice plus courte. Dans la grande majorité des cas, la peau est aussi distendue et la cure du diastasis se fait au cours d’une abdominoplastie ou d’une mini-abdominoplastie, qui traite les deux problèmes.
Peut-on avoir un enfant après l’intervention ?
Oui, une grossesse reste possible, mais elle peut écarter de nouveau les muscles et distendre la peau, et donc altérer le résultat. Il est conseillé d’avoir terminé ses grossesses avant l’intervention, et d’attendre au moins un an après celle-ci si une grossesse survient néanmoins.
La suture des muscles peut-elle lâcher ?
Une récidive partielle est possible, surtout après une nouvelle grossesse, une prise de poids importante ou des efforts violents trop précoces. Respecter le port de la gaine, l’interdiction du port de charges lourdes pendant trois mois et une reprise progressive du sport protège la réparation.
Le ventre sera-t-il parfaitement plat ?
Il sera nettement plus plat, mais la chirurgie n’agit que sur la paroi : la graisse située à l’intérieur de l’abdomen, autour des intestins, n’est pas retirée et peut continuer à faire bomber le ventre, surtout en cas de surpoids. Un poids stable et une bonne hygiène de vie entretiennent le résultat.
Le diastasis est-il pris en charge par l’Assurance maladie ?
En général non lorsqu’il est traité au cours d’une abdominoplastie esthétique. Une prise en charge est possible pour un tablier abdominal recouvrant le pubis, après entente préalable, et la réparation d’une hernie associée peut être prise en charge. Le point est fait en consultation. Lire : Chirurgie esthétique : quel remboursement possible ?
Comment se préparer ?
Arrêt du tabac un mois avant et jusqu’à cicatrisation, consultation d’anesthésie, gaine et bas de contention, aide à domicile pour les premiers jours, en particulier pour porter les jeunes enfants. Lire : Bien se préparer pour une opération. Pour toute question, contactez le secrétariat.
Documents d’information
- Plasties abdominales (fiche d’information de la SOFCPRE)
- Lipoaspiration (fiche d’information de la SOFCPRE)
- Tabac et chirurgie plastique (fiche d’information de la SOFCPRE)
- Consignes préopératoires générales
Voir aussi : Abdominoplastie, Chirurgie après grossesse, Liposuccion.

