Les sarcomes des tissus mous sont des cancers rares qui naissent dans la graisse, les muscles, les vaisseaux, les nerfs ou les tissus de soutien. Ils représentent moins de 1 % des cancers de l’adulte. Leur pronostic dépend avant tout de la qualité de la première chirurgie : c’est pourquoi toute masse suspecte doit être explorée avant d’être opérée, et opérée dans un centre spécialisé, après biopsie et réunion de concertation pluridisciplinaire. La reconstruction par lambeaux, du ressort du chirurgien plasticien, permet des exérèses larges qui ne seraient pas possibles autrement. Le Dr Binder prend en charge ces lésions à la Clinique Les Martinets, à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, et à l’Institut Curie, à Paris, centre du réseau NETSARC+, où il dirige le service de chirurgie plastique et reconstructrice. Les patients de l’ouest parisien, de Nanterre ou de Saint-Germain-en-Laye, peuvent être vus à Rueil-Malmaison pour la première consultation et le suivi.
En bref
- Fréquence environ 4 000 nouveaux cas par an en France, tous types confondus
- Signes d’alerte masse de plus de 5 cm, profonde, ferme, qui grossit, douloureuse ou non
- Bilan IRM, puis biopsie à l’aiguille dans un centre du réseau NETSARC+
- Traitement exérèse large en un bloc avec marges, radiothérapie selon le cas, reconstruction
- Anesthésie générale ; ambulatoire ou courte hospitalisation selon le geste
- Suivi régulier pendant au moins dix ans
Les signes qui doivent alerter
La plupart des boules sous la peau sont bénignes : lipomes, kystes, tumeurs bénignes des parties molles. Quatre caractéristiques justifient une imagerie avant tout geste : une taille supérieure à cinq centimètres, un siège profond, sous le fascia musculaire, une augmentation de volume en quelques semaines ou mois, et une consistance ferme. La douleur est inconstante. L’ancienneté n’est pas un critère de bénignité, car un sarcome de bas grade peut évoluer sur plusieurs années ; un traumatisme ancien ne doit pas rassurer non plus. Le risque principal est l’exérèse « à l’aveugle » d’une masse prise pour un lipome : une chirurgie incomplète complique le traitement et aggrave le pronostic.
Ne jamais opérer sans bilan
Devant une masse superficielle, une échographie est demandée en premier. Si elle montre une tumeur graisseuse parfaitement homogène de moins de dix centimètres, évoquant un lipome, une surveillance ou une exérèse simple sont possibles. Si la lésion est hétérogène, ou si elle est profonde, une IRM avec injection est indispensable, suivie d’une biopsie. Aucun aspect radiologique ne permet d’affirmer ou d’écarter un sarcome. Le Dr Binder ne retire donc pas une masse qui ne répond pas à ces critères de bénignité sans biopsie préalable, et n’opère pas sur un examen extemporané, qui ne permet ni les marquages ni la biologie moléculaire nécessaires au diagnostic.
L’IRM puis la biopsie, en centre expert
La biopsie est réalisée à l’aiguille, sous contrôle échographique ou scanner, par un radiologue interventionnel d’un centre du réseau NETSARC+. Elle utilise une aiguille coaxiale, qui évite de contaminer le trajet, prélève plusieurs carottes et suit un trajet dans un seul compartiment, qui sera retiré lors de la chirurgie. La biopsie chirurgicale est exceptionnelle, car elle expose à des hématomes et à des cicatrices mal placées qui compliquent l’exérèse. L’analyse est relue par un pathologiste du réseau de relecture des sarcomes : dans une étude française, cette relecture modifiait le diagnostic dans environ 20 % des cas. Le grade, qui reflète l’agressivité, est estimé sur la biopsie puis confirmé sur la pièce. Le bilan d’extension, le plus souvent un scanner thoracique car le poumon est le premier site de métastases, est adapté au sous-type.
Le réseau NETSARC+ et la RCP
En France, le traitement des sarcomes est organisé autour d’un réseau de centres de référence et de compétence, NETSARC+, dont l’Institut Curie fait partie. Le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire spécialisée avant toute intervention, et non après : il a été montré que cette discussion préalable, comme la chirurgie en centre expert, améliore la survie. La RCP fixe l’ordre des traitements, chirurgie d’emblée ou précédée d’une radiothérapie ou d’une chimiothérapie, et désigne l’équipe chirurgicale. Le Dr Binder y assure la chirurgie et la reconstruction en lien avec les chirurgiens oncologues, les oncologues et les radiothérapeutes.
L’intervention : une exérèse R0 avec marges

La chirurgie retire la tumeur en un seul bloc, entourée d’une marge de tissu sain dans toutes les directions, avec le trajet de biopsie et, si nécessaire, une partie du muscle ou du fascia voisin. Le principe est de passer à distance de la tumeur, à des niveaux repérés sur l’IRM, sans jamais la voir ni l’ouvrir : une énucléation suivie de recoupes n’est pas acceptable, car le champ opératoire aurait été contaminé. Les axes vasculaires et nerveux sont conservés s’ils ne sont pas envahis ; dans le cas contraire, un pontage peut être programmé avec les chirurgiens vasculaires. Le curage ganglionnaire n’est pas systématique, car la dissémination par les ganglions est rare. La pièce est orientée et analysée pour vérifier les marges : l’exérèse est classée R0 lorsque la marge microscopique est saine, R1 lorsqu’il persiste un résidu microscopique, R2 lorsqu’un résidu est visible. C’est la marge minimale qui compte : quelques millimètres de tissu sain suffisent le plus souvent, davantage pour les sous-types mal limités.
La reconstruction par lambeaux : le rôle du chirurgien plasticien
Les lambeaux de reconstruction permettent des exérèses avec marges saines qui ne seraient pas possibles sans un moyen de couvrir la perte de substance, et limitent ainsi le risque de récidive. Pour une tumeur superficielle, une greffe de peau suffit, réalisée dans un second temps après confirmation des marges. Un lambeau musculaire ou musculo-cutané est nécessaire lorsque l’exérèse expose un os, des vaisseaux ou des nerfs, ou lorsqu’elle a lieu en territoire irradié. Le lambeau libre, prélevé à distance et rebranché sous microscope, est utilisé lorsque les lambeaux locaux ne suffisent pas.
La participation des chirurgiens plasticiens aux équipes de sarcomes est l’un des facteurs qui ont fait baisser les taux de rechute locale. Dans l’expérience de l’Institut Curie publiée en 2022, dont le Dr Binder est co-auteur, sur 211 patients opérés d’un sarcome des membres ou des parois entre 2018 et 2020, 89 ont eu une reconstruction par lambeau, pédiculé dans 80 % des cas et libre dans 20 % ; près des deux tiers étaient opérés en territoire irradié. Sans reconstruction, un patient sur dix aurait dû être amputé. Les marges étaient saines dans 92 % des cas ; 5,7 % des patients ont été réopérés pour une reprise partielle du lambeau.
La radiothérapie et les traitements médicaux
La radiothérapie est validée pour les sarcomes de grade intermédiaire et élevé ; elle n’est plus un standard pour les tumeurs bien différenciées de grade 1, ni pour les tumeurs superficielles retirées avec de bonnes marges. Avant ou après la chirurgie, le contrôle local est le même, mais les complications diffèrent : plus de complications de cicatrisation après radiothérapie préopératoire, plus de séquelles à long terme après radiothérapie postopératoire, dont les champs et la dose sont plus importants. La chimiothérapie avant la chirurgie est une option pour les sarcomes à haut risque ; après la chirurgie, elle n’est plus utilisée.
L’anesthésie et l’hospitalisation
L’intervention a lieu sous anesthésie générale, après consultation d’anesthésie. Une tumeur superficielle de petite taille peut être retirée en ambulatoire ; une exérèse profonde avec reconstruction par lambeau impose une hospitalisation de quelques jours, avec surveillance du lambeau et drains. L’arrêt du tabac est demandé un mois avant et après, car il compromet la vascularisation des lambeaux. Les consignes préopératoires et le devis sont remis en consultation.
Les suites
- Ambulatoire ou hospitalisation de quelques jours, selon la taille de la tumeur, sa profondeur et la reconstruction nécessaire ; drains dans ce dernier cas.
- Premiers jours : surveillance du lambeau, lever précoce, antalgiques ; appui selon la zone opérée.
- Pansements pendant trois à quatre semaines ; fils retirés vers le 15e au 21e jour.
- Troisième semaine : consultation avec le résultat de l’analyse, puis RCP pour décider des traitements complémentaires.
- Rééducation lorsque la chirurgie touche un membre.
- Reprise de l’activité en un à trois mois ; la radiothérapie postopératoire, si elle est indiquée, débute après cicatrisation complète.
Les risques et complications
- hématome, infection, retard de cicatrisation, majoré après radiothérapie ;
- nécrose partielle d’un lambeau ou d’une greffe, imposant parfois une reprise ;
- raideur, perte de force ou de sensibilité selon les structures retirées ;
- lymphœdème du membre ;
- récidive locale ou métastases, dont le risque dépend du type, du grade et des marges.
Le suivi
Examen clinique et imagerie, IRM de la zone opérée et scanner thoracique, tous les trois à six mois pendant les premières années, puis une fois par an, pendant au moins dix ans. Le rythme est plus rapproché pour les sarcomes de haut grade, tous les quatre mois la première année, et plus espacé pour les bas grades. Le suivi est coordonné par l’équipe d’oncologie ; les consultations de surveillance peuvent avoir lieu à Rueil-Malmaison pour les patients de Chatou, du Vésinet ou de Garches. Tous sarcomes confondus, la survie à dix ans est de l’ordre de 73 % et le risque de rechute locale inférieur à 10 % à cinq ans, selon le sous-type.
La reprise après une exérèse non planifiée
Il arrive qu’une masse opérée comme un lipome se révèle être un sarcome à l’analyse. Le dossier doit alors être adressé sans délai à un centre du réseau, avec le compte rendu opératoire, les lames et l’imagerie. Après relecture et IRM, la RCP discute une reprise d’exérèse élargie, emportant la cicatrice et la zone décollée, surtout si la tumeur a été ouverte ou fragmentée ; cette reprise nécessite souvent un lambeau. Lorsque l’exérèse initiale était complète à l’œil nu et sans effraction, une surveillance est une option. Le dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand, sarcome de la peau, fait l’objet d’une page dédiée ; les droits du patient en matière d’information s’appliquent à chaque décision.
Tarif et prise en charge
Le diagnostic et le traitement d’une tumeur maligne sont pris en charge par l’Assurance maladie, dans le cadre de l’affection de longue durée. Le Dr Binder exerce en secteur 2 : un devis précisant les dépassements d’honoraires éventuels est remis avant l’intervention. Voir la page Tarifs.
Questions fréquentes
Une boule qui ne fait pas mal peut-elle être un sarcome ?
Oui. La douleur est absente dans la majorité des cas. La taille, la profondeur et la croissance comptent davantage. Une masse ancienne, ou apparue après un choc, n’est pas pour autant bénigne : un hématome ne persiste pas pendant des mois.
Pourquoi ne pas retirer la masse tout de suite pour l’analyser ?
Parce qu’une exérèse non planifiée laisse souvent des cellules tumorales en place et impose une reprise plus large, avec un lambeau. La biopsie première, puis la chirurgie programmée avec des marges, donnent un contrôle local et une fonction bien supérieurs.
Où se fait le traitement ?
Dans un centre du réseau NETSARC+, dont l’Institut Curie. La consultation initiale et le suivi peuvent avoir lieu à Rueil-Malmaison ; la biopsie, la RCP et la chirurgie sont organisées avec le centre. Un rendez-vous peut être demandé via la page Contact.
Comment distinguer un lipome d’un sarcome ?
Par l’échographie en premier : une masse graisseuse homogène, superficielle, de moins de dix centimètres, est un lipome. Toute masse hétérogène, profonde ou de plus de cinq centimètres demande une IRM, puis une biopsie si l’IRM ne conclut pas formellement à une lésion bénigne.
La biopsie risque-t-elle de disséminer la tumeur ?
Non, lorsqu’elle est faite selon les règles : aiguille coaxiale, trajet dans un seul compartiment, repéré et retiré avec la tumeur lors de la chirurgie. C’est la biopsie chirurgicale ouverte, ou l’exérèse sans diagnostic, qui expose à la contamination des tissus.
Faut-il parfois amputer ?
Très rarement. Les lambeaux de reconstruction et, au besoin, la chirurgie vasculaire permettent de retirer la tumeur avec des marges en conservant le membre, sans perte de chance sur la survie. L’amputation n’est discutée en RCP que pour des tumeurs envahissant plusieurs structures majeures.
Pourquoi un chirurgien plasticien ?
Parce que la couverture de la perte de substance par un lambeau conditionne la largeur des marges, la cicatrisation avant une radiothérapie et la fonction du membre. Les équipes de sarcomes intègrent des chirurgiens plasticiens, dont certains réalisent aussi l’exérèse.
Radiothérapie avant ou après la chirurgie ?
Le contrôle local est identique. Avant la chirurgie, la dose et les champs sont plus faibles, au prix de plus de complications de cicatrisation ; après, les séquelles à long terme sont plus fréquentes. Le choix se fait en RCP selon la localisation et l’état des tissus.
J’ai été opéré d’une « boule » et l’analyse parle de sarcome, que faire ?
Demander sans délai un rendez-vous dans un centre du réseau avec le compte rendu, les lames et l’imagerie. Une IRM et une relecture sont organisées, puis la RCP décide d’une reprise élargie ou d’une surveillance. Quelques semaines pour bien faire ne compromettent pas le résultat.
Documents d’information
- Les cancers de la peau (Institut national du cancer)
- Réseau NETSARC+, centres de référence des sarcomes
- Chirurgie des tumeurs cutanées (fiche d’information de la SOFCPRE)
Voir aussi : Chirurgie des lésions cutanées, Correction de cicatrices, Consignes préopératoires.

