Chaque mois d’octobre, la même question revient en consultation, posée avec une pointe d’inquiétude : « Avec mes implants, est-ce que je peux encore faire une mammographie ? » La réponse est oui. Elle mérite d’être détaillée, parce que cette inquiétude conduit parfois à retarder un dépistage qui, lui, ne doit pas attendre. Cet article fait le point sur les trois examens d’imagerie du sein, la mammographie, l’échographie et l’IRM, chez une femme porteuse d’implants, et sur le rythme de surveillance des implants eux-mêmes.
L’essentiel à retenir
- Porter des implants ne modifie ni le risque de cancer du sein, ni les règles du dépistage. Entre 50 et 74 ans, le dépistage organisé par mammographie tous les deux ans s’applique aux femmes porteuses d’implants comme aux autres.
- La mammographie est possible avec des implants. Il faut les signaler à la prise de rendez-vous et au manipulateur ; le radiologue adapte la compression et ajoute des clichés en refoulant l’implant.
- L’échographie et l’IRM sont compatibles avec les implants en silicone et ne les abîment pas. L’échographie est l’examen de première intention pour l’implant ; l’IRM est l’examen de référence en cas de doute sur une rupture.
- Un implant n’est pas un dispositif à vie : sa durée de vie est d’environ 10 à 15 ans en moyenne, sans changement systématique à date fixe. Il se surveille par une consultation de contrôle chaque année et par une échographie à 4, 7 et 10 ans après la pose, puis chaque année ; une IRM est demandée en cas de doute sur une rupture.
- Un gonflement d’un seul sein, un sein qui durcit ou se déforme, une rougeur ou une douleur nouvelle justifient une consultation sans attendre le rendez-vous annuel.
Le dépistage du cancer du sein ne change pas
Les implants, qu’ils aient été posés pour une augmentation mammaire ou pour une reconstruction, ne changent pas le programme de dépistage. En France, le dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme ni antécédent particulier : une mammographie tous les deux ans, avec examen clinique des seins, prise en charge à 100 % sans avance de frais. Avant 50 ans, ou en cas d’antécédents personnels ou familiaux, le rythme et les examens sont définis avec le médecin traitant, le gynécologue ou l’oncologue.
L’examen clinique annuel des seins et l’attention portée à tout changement, de forme, de volume, de peau ou de mamelon, gardent toute leur place. J’ai consacré un article au dépistage du cancer du sein ; les femmes porteuses d’implants y sont concernées comme les autres.
La mammographie avec des implants : possible, à condition de le dire

La mammographie reste l’examen de référence du dépistage, implants ou non. Sa réalisation demande deux précautions.
Signaler les implants. Dès la prise de rendez-vous, puis au manipulateur le jour de l’examen. Cette information change la façon de faire les clichés et la façon de les lire.
Adapter la technique. Le radiologue module la compression et réalise, en plus des clichés habituels, des clichés dits « en refoulement » : l’implant est doucement repoussé vers la paroi thoracique et la glande est attirée vers l’avant. C’est la manœuvre d’Eklund, qui permet de voir une plus grande surface de tissu mammaire. Le risque d’endommager un implant au cours d’une mammographie correctement réalisée est très faible. Un implant ancien, ou dont on soupçonne déjà une fragilité, mérite simplement d’être mentionné.
Accepter une limite. Une partie de la glande reste masquée par l’implant, surtout lorsqu’il est placé devant le muscle pectoral, moins lorsqu’il est placé derrière. C’est la raison pour laquelle le radiologue complète souvent la mammographie par une échographie. Choisir un centre habitué aux implants n’est pas un détail : la lecture des clichés demande de l’expérience.
Après une reconstruction par implant. Après une mastectomie totale, il ne reste pas de glande à dépister du côté reconstruit ; la mammographie de ce sein n’est en général pas indiquée. La surveillance repose sur l’examen clinique du sein reconstruit, sur le dépistage régulier de l’autre sein et sur l’échographie de l’implant, selon le calendrier décrit plus bas. Le rythme du suivi cancérologique est fixé par l’équipe qui vous suit.
L’échographie : l’examen de première intention pour l’implant
Les implants en silicone sont compatibles avec l’échographie. L’examen est rapide, sans irradiation, et explore l’implant, la capsule qui l’entoure et le sein alentour. Il montre les plis de l’enveloppe, un épanchement autour de l’implant, une rupture lorsque le gel a quitté l’enveloppe, un ganglion. C’est l’examen que je demande en premier devant un sein qui gonfle, qui durcit ou qui change de forme. C’est aussi celui qui complète la mammographie de dépistage lorsque l’implant gêne la lecture.
Ses limites : l’échographie dépend de l’opérateur, et une rupture restée contenue dans la capsule peut lui échapper.
L’IRM : l’examen de référence en cas de doute sur une rupture
L’IRM est également compatible avec les implants en silicone, et ne les abîme pas. Avec des séquences dédiées au silicone, elle est l’examen le plus précis pour confirmer une rupture, en particulier une rupture intracapsulaire, lorsque le gel reste contenu dans la capsule et que le sein paraît normal à l’examen. Elle intervient en cas de doute à l’échographie, avant une reprise chirurgicale pour préparer le geste, ou dans le cadre du suivi d’un cancer du sein lorsqu’elle est prescrite par l’équipe oncologique.
L’IRM n’est pas un examen systématique de surveillance en France. Elle est prescrite sur indication.
À quel rythme surveiller ses implants ?
La fiche d’information, remise avant toute pose d’implant, rappelle qu’un implant a une durée de vie limitée, d’environ 10 à 15 ans en moyenne, et qu’un suivi est nécessaire. Ce suivi repose d’abord sur une consultation de contrôle chaque année, par le chirurgien ou par un médecin habitué aux implants, qui vérifie la souplesse du sein, la position de l’implant et l’absence d’épanchement. J’y ajoute une échographie des implants à 4, 7 et 10 ans après la pose, puis chaque année, même sans symptôme, selon le calendrier proposé par la SOFCPRE. L’échographie est aussi demandée sans attendre au moindre signe d’appel, et l’IRM en cas de doute sur une rupture. La mammographie de dépistage, elle, suit le calendrier habituel selon l’âge, indépendamment du suivi des implants.
Aux États-Unis, la FDA propose en plus une imagerie systématique, échographie ou IRM, cinq à six ans après la pose d’implants en silicone, puis tous les deux à trois ans, même sans symptôme, afin de détecter les ruptures silencieuses. Les deux approches ne s’opposent pas : elles rappellent qu’un implant se surveille, sans inquiétude mais sans oubli. Le calendrier que j’applique va dans le même sens : repérer une rupture silencieuse sans attendre un symptôme. Il n’impose pas de changer les implants à date fixe : le changement n’est proposé qu’en cas de problème ou de souhait de modification. L’article Surveillance des implants mammaires détaille ce suivi.
Les signes qui ne doivent pas attendre le rendez-vous annuel
- Un gonflement d’un seul sein, surtout plus d’un an après la pose.
- Un sein qui durcit, se déforme, ou devient douloureux.
- Un changement de forme ou de volume, une asymétrie nouvelle.
- Une rougeur, une chaleur, de la fièvre.
- Un choc violent sur le thorax.
Dans ces situations, une consultation et une échographie sont demandées rapidement. Un épanchement tardif autour de l’implant est ponctionné et analysé : c’est le mode de révélation habituel du lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires, complication rare, de bon pronostic lorsqu’elle est diagnostiquée tôt ; l’ANSM recensait 121 cas diagnostiqués en France au 31 décembre 2024. D’autres cancers très rares de la capsule, carcinomes épidermoïdes et autres lymphomes, signalés par l’autorité sanitaire américaine (FDA) depuis 2022-2023, peuvent se révéler de la même façon.
Gardez enfin la carte d’implant remise après l’intervention. Elle indique le fabricant, le modèle et le numéro de lot, informations utiles au radiologue comme au chirurgien.
Implants mammaires : toutes les informations
- Implants mammaires : le guide
- Augmentation mammaire par implants
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- Consulter pour un problème d’implant
- Coque autour d’un implant
- Rupture d’implant
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Questions fréquentes
La mammographie peut-elle faire éclater un implant ?
Le risque de rupture au cours d’une mammographie correctement réalisée, implants signalés, est très faible. Il est plus élevé pour un implant ancien ou déjà fragilisé, ce qui justifie de le mentionner au manipulateur.
Faut-il une IRM tous les ans quand on a des implants ?
Non. En France, l’IRM n’est pas un examen de surveillance systématique. Elle est prescrite en cas de doute sur une rupture, avant une reprise chirurgicale, ou dans le cadre d’un suivi oncologique.
Dois-je faire la mammographie de dépistage même si mon chirurgien contrôle mes implants chaque année ?
Oui. Le contrôle annuel de l’implant et le dépistage du cancer du sein sont deux démarches distinctes. L’une ne remplace pas l’autre.
Et si mes implants ont été posés pour une reconstruction après cancer ?
Le suivi cancérologique est défini par l’équipe oncologique : examen clinique régulier du sein reconstruit et dépistage de l’autre sein. L’implant se surveille comme après une augmentation : consultation annuelle, échographie à 4, 7 et 10 ans après la pose puis chaque année, IRM en cas de doute. Signalez à chaque radiologue le type de reconstruction réalisée.
Comment se passe une mammographie quand on a des prothèses mammaires ?
Les implants doivent être signalés dès la prise de rendez-vous, puis au manipulateur le jour de l’examen. Le radiologue module la compression et ajoute aux clichés habituels des clichés « en refoulement » : l’implant est doucement repoussé vers la paroi thoracique et la glande attirée vers l’avant. Cette manœuvre, dite d’Eklund, permet de voir une plus grande surface de tissu mammaire. Une échographie complète souvent l’examen.
Les implants mammaires empêchent-ils de bien voir un cancer du sein ?
Une partie de la glande reste masquée par l’implant à la mammographie, surtout lorsqu’il est placé devant le muscle pectoral, moins lorsqu’il est placé derrière. C’est pourquoi le radiologue complète souvent la mammographie par une échographie, et pourquoi il est utile de choisir un centre habitué aux implants, la lecture des clichés demandant de l’expérience. Porter des implants ne modifie ni le risque de cancer du sein, ni les règles du dépistage.
Une échographie suffit-elle pour voir si une prothèse mammaire est rompue ?
L’échographie est l’examen de première intention pour l’implant : rapide, sans irradiation, elle explore l’implant, la capsule et le sein alentour, et montre les plis de l’enveloppe, un épanchement ou une rupture lorsque le gel a quitté l’enveloppe. Elle dépend toutefois de l’opérateur, et une rupture restée contenue dans la capsule peut lui échapper. En cas de doute, l’IRM avec séquences dédiées au silicone est l’examen de référence.
Quels symptômes doivent faire consulter quand on porte des implants mammaires ?
Un gonflement d’un seul sein, surtout plus d’un an après la pose, un sein qui durcit, se déforme ou devient douloureux, une asymétrie nouvelle, une rougeur, une chaleur, de la fièvre ou un choc violent sur le thorax justifient une consultation et une échographie rapides, sans attendre le rendez-vous annuel. Un épanchement tardif autour de l’implant est ponctionné et analysé, car c’est le mode de révélation habituel d’un lymphome rare ou, plus rarement encore, d’un autre cancer de la capsule.
Pour en savoir plus
Cet article fait partie de la série « Implants mammaires : vos questions ». Les termes employés, capsule, rupture intracapsulaire, épanchement, sont expliqués dans le lexique des implants mammaires. Les situations individuelles se discutent en consultation.
Sur ce site
- Implants et prothèses mammaires
- Reconstruction du sein
- Le dépistage des cancers du sein
- Surveillance des implants mammaires
- Quelle durée de vie pour les implants mammaires ?
- Retrait et changement d’implants mammaires
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- Demande de rendez-vous
Sources officielles
- Institut national du cancer : le dépistage du cancer du sein, programme organisé de 50 à 74 ans.
- Haute Autorité de santé : dépistage du cancer du sein en France, identification des femmes à haut risque et modalités de dépistage.
- ANSM : informations générales sur les implants mammaires et recommandations sur le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires.
- Direction générale de la santé : fiche d’information avant la pose d’un implant mammaire, hébergée par l’ANSM.
- U.S. Food and Drug Administration : Breast Implants, Risks and Complications ; recommandations de surveillance par imagerie des implants en silicone (échographie ou IRM cinq à six ans après la pose, puis tous les deux à trois ans).
- Eklund GW et al. Improved imaging of the augmented breast. American Journal of Roentgenology, 1988. Description de la technique des clichés en refoulement.
Références
Références complémentaires (2025) :
- Malhaire C. Approche actuelle de l’imagerie mammaire : indications, techniques et évolutions. Ann Chir Plast Esthet 2025;70:511-521. doi:10.1016/j.anplas.2025.06.003
- Bosc R. Prothèses et cancer : le lymphome anaplasique à grandes cellules. Ann Chir Plast Esthet 2025;70:572-580. doi:10.1016/j.anplas.2025.05.019
- El Beheiry M, Gaillard T, Girard N, Darrigues L, Osdoit M, Feron JG, et al. Breast magnetic resonance image analysis for surgeons using virtual reality: a comparative study. JCO Clin Cancer Inform 2021;5:1000-1009. doi:10.1200/CCI.21.00042
- Tourasse C. Difficultés du suivi radiologique après une reconstruction mammaire. La Lettre du Sénologue 2024;104:60-65.
Recommandations et publications françaises :
- Goldammer F, Pinsolle V, Dissaux C, Pélissier P. Accuracy of mammography, sonography and magnetic resonance imaging for detecting silicone breast implant ruptures: A retrospective observational study of 367 cases. Ann Chir Plast Esthet 2021;66(1):25-41. doi:10.1016/j.anplas.2020.09.001
- Garnier L, Tourasse C, Frobert P, Vaucher R, Perez S, Delay E. Conduite à tenir devant un sérome tardif péri-prothétique. Ann Chir Plast Esthet 2023;68(1):66-76. doi:10.1016/j.anplas.2022.09.005
Publications internationales :
- Expert Panel on Breast Imaging, Chetlen A, Niell BL, Brown A, Baskies AM, Battaglia T, et al. ACR Appropriateness Criteria Breast Implant Evaluation: 2023 Update. J Am Coll Radiol 2023;20(11S):S329-S350. doi:10.1016/j.jacr.2023.08.019
- Lacerda Macedo AC, Carvalho G, Uggioni MLR, Bavaresco DV, Simon CS, Cruz M, et al. Accuracy of Ultrasonography in Breast Implant Rupture Diagnosis: Systematic Review and Meta-Analysis. Plast Reconstr Surg 2021;148(5):939-947. doi:10.1097/PRS.0000000000008408
- Lavigne E, Holowaty EJ, Pan SY, Villeneuve PJ, Johnson KC, Fergusson DA, et al. Breast cancer detection and survival among women with cosmetic breast implants: systematic review and meta-analysis of observational studies. BMJ 2013;346:f2399. doi:10.1136/bmj.f2399








