Le lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire, ou LAGC-AIM, est un cancer rare du système lymphatique qui se développe dans la capsule entourant l’implant. Il ne s’agit pas d’un cancer du sein. Il se manifeste le plus souvent, des années après la pose, par un gonflement du sein dû à un épanchement autour de l’implant, et il guérit dans la grande majorité des cas par le retrait de l’implant et de sa capsule. D’autres cancers de la capsule, plus rares encore, ont été signalés depuis 2022. Cette page fait le point sur les chiffres officiels, les signes, le diagnostic, le traitement et la conduite à tenir lorsque l’on porte des implants texturés. Le Dr Jean-Philippe Binder, chirurgien plasticien, reçoit à la Clinique Les Martinets, à Rueil-Malmaison, les patientes porteuses d’implants esthétiques, inquiètes ou présentant un épanchement, de Nanterre, Suresnes, Saint-Germain-en-Laye et de l’ouest parisien ; les femmes reconstruites par implant sont reçues à l’Institut Curie, à Paris, ou à la Clinique Les Martinets.

En bref

  • Nature lymphome rare de la capsule, distinct du cancer du sein
  • En France 121 cas diagnostiqués au 31 décembre 2024 (ANSM)
  • Implants concernés surtout les implants à surface texturée ; aucun cas en France avec un implant lisse seul
  • Signe principal gonflement tardif du sein par épanchement, en moyenne 13 ans après la première pose
  • Diagnostic échographie, ponction de l’épanchement, recherche du marqueur CD30
  • Traitement retrait de l’implant et capsulectomie totale en bloc
  • Sans symptôme pas de retrait préventif recommandé ; suivi annuel

Qu’est-ce que le LAGC-AIM ?

C’est un lymphome non hodgkinien à cellules T, qui naît dans le liquide ou la capsule autour de l’implant. Les cellules expriment le marqueur CD30 et n’expriment pas la protéine ALK. Le premier cas diagnostiqué en France remonte à 2009 ; en 2015, un groupe réuni par l’Institut national du cancer a conclu à un lien établi entre ce lymphome et le port d’un implant mammaire (ANSM, informations générales). L’Organisation mondiale de la santé l’a intégré à sa classification des lymphomes en 2016. La texture de l’enveloppe est un facteur de risque établi par l’ANSM ; le mécanisme exact reste inconnu.

Combien de cas ?

En France, au 31 décembre 2024, 121 cas de LAGC-AIM avaient été diagnostiqués et confirmés par le réseau d’anatomopathologistes LYMPHOPATH (ANSM, analyse des cas, novembre 2025). L’âge moyen au diagnostic était de 57 ans ; la durée moyenne de port d’implants depuis la première pose était de 13 ans, de 4 à 42 ans. La moitié des patientes avaient un antécédent de cancer du sein et 47 % avaient des implants posés pour une raison esthétique. Ces chiffres sont à rapporter aux quelque 1 180 000 implants vendus en France entre 2007 et 2024 (ANSM, surveillance de marché).

Dans le monde, la FDA recensait au 30 juin 2024 1 380 cas et 64 décès déclarés (FDA, déclarations de LAGC-AIM).

Quels implants sont concernés ?

Dans la série française, 86 % des implants en place au moment du diagnostic étaient texturés, 3 % recouverts de polyuréthane, et aucun n’était lisse ; la surface était inconnue pour les autres. Deux implants lisses figuraient dans l’historique de patientes ayant aussi porté d’autres implants. Les données de la FDA vont dans le même sens : sur 40 cas déclarés avec un implant lisse, un seul concernait une patiente sans implant texturé connu dans ses antécédents. Par précaution, l’ANSM a retiré du marché en avril 2019 certains implants macrotexturés et les implants recouverts de polyuréthane, et recommande d’utiliser de préférence des implants lisses (ANSM, retrait du marché). En chirurgie esthétique, le Dr Binder pose des implants ronds à surface lisse ; des implants microtexturés peuvent être utilisés en reconstruction.

Les signes qui doivent faire consulter

Les trois signes les plus fréquents, selon l’ANSM, sont l’épanchement autour de l’implant, l’augmentation de volume du sein et la douleur. Plus rarement : une masse, une rougeur, une ulcération de la peau, un ganglion dans l’aisselle, une altération de l’état général. Ces signes apparaissent en général plusieurs années après la pose, à distance des suites opératoires. Un gonflement d’un sein survenant brutalement, sans traumatisme, chez une femme porteuse d’implants, doit faire consulter rapidement.

Le diagnostic

Le premier examen est l’échographie, qui recherche un épanchement, une masse ou un épaississement de la capsule, et examine les ganglions ; une IRM est réalisée si l’échographie ne suffit pas. Tout épanchement tardif est ponctionné sous échographie, avant toute chirurgie : le liquide est envoyé au laboratoire pour une analyse cytologique et la recherche du marqueur CD30. En cas de suspicion, le diagnostic est confirmé par le réseau LYMPHOPATH et le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire, avec un bilan d’extension avant l’intervention. La plupart des épanchements tardifs ne sont pas des lymphomes, mais seule l’analyse permet de le dire (Garnier, Ann Chir Plast Esthet, 2023). Dans une série italienne de 67 épanchements tardifs ponctionnés, 9 % correspondaient à un lymphome (Di Napoli, PLoS One, 2017).

Le traitement

Lorsque la maladie est limitée à l’épanchement ou à la capsule, ce qui est le cas le plus fréquent, le traitement repose sur le retrait de l’implant et de toute la capsule, d’un seul tenant, sans l’ouvrir : c’est la capsulectomie totale en bloc, que le Dr Binder pratique. Le retrait de l’implant opposé est discuté, car l’atteinte peut être bilatérale : c’était le cas de 4 des 121 patientes françaises. D’après la fiche d’information de la SOFCPRE, la maladie a un bon pronostic dans près de 90 % des cas ; dans environ 10 % des cas, une forme plus étendue nécessite une chimiothérapie ou une radiothérapie, conduite par une équipe spécialisée dans les lymphomes. Une surveillance est ensuite organisée par l’équipe d’hématologie. Le choix de reposer ou non un implant, lisse, est discuté à distance.

Les autres cancers de la capsule

En septembre 2022, puis en mars 2023, la FDA a signalé des cas de carcinome épidermoïde (ou spinocellulaire) et de divers lymphomes autres que le LAGC, développés dans la capsule autour d’implants mammaires (FDA, communication du 8 mars 2023). Pour le carcinome épidermoïde, l’agence recensait 19 cas publiés dans la littérature et 24 déclarations au 15 janvier 2023, avec trois décès rapportés ; le diagnostic était porté de 7 à 42 ans après la pose, avec des implants lisses ou texturés, en gel de silicone ou au sérum. Le signe le plus fréquent était un gonflement ou une douleur du sein. Ces cancers sont très rares et leur cause est inconnue. La FDA ne recommande pas de retirer des implants sans symptôme pour ce seul motif, mais demande de consulter devant toute modification du sein.

Vous portez des implants texturés ?

L’ANSM et l’Institut national du cancer ne recommandent pas de retrait préventif des implants macrotexturés ou recouverts de polyuréthane chez une femme sans symptôme, compte tenu de la rareté du risque (Institut national du cancer). Le suivi reste le suivi habituel : une consultation chaque année et une échographie à 4, 7 et 10 ans, puis chaque année. Si vous ne savez pas quels implants vous portez, la carte d’implant, le compte rendu opératoire ou l’établissement qui vous a opérée permettent de le retrouver. Le souhait de retirer des implants texturés sans symptôme peut être discuté ; il s’agit alors d’un choix personnel, avec les risques de toute réintervention (voir Retrait d’implants sans remplacement).

Implants et cancer du sein

Les données disponibles ne montrent pas de risque accru de cancer du sein, l’adénocarcinome, chez les femmes porteuses d’implants. Les implants ne font pas obstacle au dépistage : il faut prévenir le radiologue, qui adapte les clichés. La mammographie de dépistage se fait selon l’âge, indépendamment du suivi de l’implant (voir Le dépistage des cancers du sein).

Tarif et prise en charge

Le diagnostic et le traitement d’un lymphome ou d’un autre cancer de la capsule sont pris en charge par l’Assurance maladie, au titre de l’affection de longue durée. D’après la CCAM (version 84), le lymphome associé à l’implant figure parmi les indications de l’ablation prise en charge, après accord préalable, y compris après une augmentation esthétique. Pour une consultation ou un retrait sans signe de maladie, le devis est remis en consultation ; voir les pages Tarifs et Codes CCAM.

Questions fréquentes

Le LAGC-AIM est-il un cancer du sein ?

Non. C’est un lymphome, un cancer des cellules du système immunitaire, qui se développe dans la capsule autour de l’implant et non dans la glande mammaire. Son traitement et son pronostic sont différents de ceux d’un cancer du sein.

Mes implants lisses m’exposent-ils au LAGC ?

Aucun cas n’a été diagnostiqué en France chez une femme ne portant qu’un implant lisse, au 31 décembre 2024. Le risque, s’il existe, est donc extrêmement faible. Le suivi annuel reste nécessaire, pour la coque et la rupture.

Faut-il retirer mes implants texturés par précaution ?

Non, en l’absence de symptôme : l’ANSM et l’INCa ne le recommandent pas. Un suivi annuel et une consultation devant tout gonflement du sein suffisent. Si vous souhaitez malgré tout les faire retirer, la décision se prend en consultation, après information sur les risques de l’intervention.

Mon sein a gonflé d’un coup, est-ce un lymphome ?

Pas forcément : la plupart des épanchements tardifs ont une autre cause. Mais un gonflement tardif doit être exploré sans attendre par une échographie et, si un épanchement est trouvé, une ponction avec analyse. Consultez rapidement votre chirurgien ou votre médecin.

Le LAGC se guérit-il ?

Dans la grande majorité des cas, oui, par le retrait complet de l’implant et de sa capsule en bloc. Les formes plus étendues, plus rares, nécessitent un traitement complémentaire par chimiothérapie ou radiothérapie.

Peut-on remettre un implant après un LAGC ?

C’est possible, à distance, après accord de l’équipe d’hématologie, avec un implant lisse. Une reconstruction par lipofilling ou par lambeau, sans implant, est une autre option à discuter.

Qu’est-ce que la capsulectomie en bloc ?

C’est le retrait de l’implant et de toute sa capsule d’un seul tenant, sans ouvrir la capsule, pour ne pas disséminer de cellules. Elle est indiquée en cas de lymphome suspecté ou confirmé ; la page sur le retrait des implants en précise les limites.

Documents d’information

Voir aussi : Implants mammaires, Imagerie du sein avec des implants, Consulter pour un problème d’implant.

Références

  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Analyse des cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires depuis 2011. Novembre 2025. ansm.sante.fr
  • Bosc R. Prothèses et cancer : le lymphome anaplasique à grandes cellules. Ann Chir Plast Esthet 2025;70(6):572-580. doi:10.1016/j.anplas.2025.05.019
  • Bosc R, Dao TH, Haioun C. Prothèses mammaires et cancer : le lymphome anaplasique à grandes cellules sur implants mammaires. Ann Chir Plast Esthet 2026;71(1):93-103. doi:10.1016/j.anplas.2025.11.004
  • Garnier L, Tourasse C, Frobert P, Vaucher R, Perez S, Delay E. Conduite à tenir devant un sérome tardif péri-prothétique. Ann Chir Plast Esthet 2023;68(1):66-76. doi:10.1016/j.anplas.2022.09.005
  • U.S. Food and Drug Administration. Update on Reports of Squamous Cell Carcinoma (SCC) in the Capsule Around Breast Implants: FDA Safety Communication. 8 mars 2023, mise à jour le 22 mars 2023. fda.gov